Le réflexe, quand l’IA arrive dans une entreprise, est d’acheter. Un abonnement, une formation, un outil recommandé par un confrère. Puis de voir. Six mois plus tard, l’abonnement est utilisé par deux personnes sur douze, la formation a été appréciée et oubliée, et la direction n’a toujours pas de réponse à la question de départ : par où fallait-il commencer ? L’ordre inverse coûte moins cher. On évalue d’abord, service par service, en trente minutes par personne, sur cinq critères notés de 0 à 4. On achète ensuite, si l’évaluation le justifie.
Cinq critères, un profil, pas un score
Les cinq notes ne s’additionnent pas. Pour deux critères, une note haute est une bonne nouvelle. Pour deux autres, elle signale un risque. Pour le dernier, elle signale un gisement. Ce que l’on obtient est un profil, à lire, et non un total à améliorer. C’est ce qui évite de confondre une entreprise qui utilise beaucoup l’IA avec une entreprise qui la maîtrise. Pour un premier repère avant de réunir les équipes, l’autodiagnostic en douze questions proposé par IAscension applique cette grille en dix minutes, sans engagement. Le vrai travail commence après, dans les entretiens.
Les cinq critères
1. La maturité numérique. Ce que l’on mesure : l’existence d’usages partagés et de règles, pas le nombre d’abonnements. À 0, le service vit avec la messagerie et le tableur. À 2, tout le monde utilise l’IA chaque semaine, chacun à sa façon, sans rien partager ni vérifier. À 4, l’IA est intégrée dans un processus, avec une règle, une vérification et une personne référente. La question à poser : « vous l’utilisez, pour quoi faire, et êtes-vous plusieurs à le faire de la même manière ? »
2. La sécurité des données. Ce que l’on mesure : ce qui sort de l’entreprise, vers quel outil et sur quel compte. À 0, rien ne sort des outils maîtrisés. À 3, des données de clients ou de salariés sont copiées dans des outils grand public sur des comptes personnels. À 4, elles sortent sans que la personne le sache, par une extension de navigateur ou un connecteur branché sur la messagerie. La question : « sur quel compte, et qu’est-ce que vous y mettez ? »
3. Le potentiel d’automatisation. Ce que l’on mesure en heures, pour le service entier, pas pour une personne. À 1, moins d’une heure par semaine de tâches répétitives. À 2, une ressaisie régulière entre deux outils. À 4, plus de huit heures hebdomadaires sur des tâches à règles fixes, ou un flux vital traité entièrement à la main. La question : « qu’est-ce que vous refaites plusieurs fois, combien de fois, et combien de temps à chaque fois ? »
4. L’appétence. Ce que l’on mesure : la volonté de changer sa façon de travailler, indépendamment des compétences. À 0, le changement est perçu comme une menace. À 2, le service veut bien voir, à condition que cela ne lui prenne pas de temps. À 4, il porte lui-même un projet et pousse la direction. La question : « si on essayait quelque chose sur un de vos cas réels, vous seriez partant ? »
5. Le besoin de compétences. Ce que l’on mesure : l’écart entre ce que le service sait faire et ce qu’il devrait savoir pour utiliser l’IA sans se faire mal. À 0, il sait repérer une réponse fausse et les compétences sont partagées. À 4, il dépend d’une seule personne pour ses outils, ou manipule des données sensibles sans savoir vérifier ce que l’IA lui répond. La question : « quand l’IA vous donne une réponse, comment vérifiez-vous qu’elle est juste ? »
Deux règles de notation
On note ce que l’on a entendu, jamais ce que l’on suppose, et chaque note se justifie par une phrase citée. On note le service, pas la personne. Ces deux règles paraissent scolaires. Elles sont ce qui distingue une évaluation d’une impression.
Le premier pas selon le résultat
Le profil le plus fréquent se lit ainsi : maturité 2, sécurité 3, potentiel 3, appétence 2, compétences 3. Tout le monde utilise l’IA, les données sont exposées, le temps perdu est réel, les équipes sont curieuses sans être demandeuses, et personne ne sait vérifier une réponse. Ce profil ne se traite pas par un achat d’outil.
- Une note de 3 ou 4 en sécurité des données, où que ce soit : le premier pas est un compte d’entreprise et une règle écrite, avant tout autre projet.
- Un potentiel à 3 ou 4 dans un service dont l’appétence est à 3 ou 4 : c’est là qu’on lance un premier projet, petit, sur un flux réel, parce qu’il réussira et entraînera les autres.
- Une maturité et une appétence à 0 ou 1 : on n’impose rien. Une demi-journée de sensibilisation sur les cas du service, puis une nouvelle évaluation dans six mois.
- Un besoin de compétences à 4 par dépendance à une seule personne : on documente et on forme une seconde personne avant de toucher à quoi que ce soit.
Une évaluation de ce type se fait en interne, avec la grille ci-dessus et un peu de rigueur. Elle commence au bon endroit, et c’est ce qui change tout dans la décision d’achat qui suivra.
