La sagesse conventionnelle dit que les personnes assertives vont de l’avant. Ils disent aux gens ce qu’ils pensent, demandent les ressources dont ils ont besoin, demandent des augmentations de salaire et n’acceptent pas de refus. Que sont donc censés faire les personnes non assertives si la culture de leur entreprise récompense ces actions ? Si vous êtes timide ou réservé, ne vous inquiétez pas. Vous pouvez demander ce dont vous avez besoin et obtenir ce que vous voulez, tout en restant vous-même. Pour en savoir plus, consultez cet article.

Ce que disent les experts

Pour être efficaces, les gestionnaires doivent avoir un certain degré de confiance en soi. « La bonne dose d’assurance, de respect des autres et d’intelligence est ce qui fait un grand leader », déclare Laure Delanoue. Pourtant, il faut trouver un équilibre. « Il y a un bon point pour l’affirmation de soi. Si vous êtes en dessous de la fourchette, vous n’arriverez pas à faire ce que vous voulez. Si vous êtes au-dessus, vous ne vous entendrez pas avec les autres », déclare Daniel Durand, professeur de gestion. La bonne nouvelle, c’est que « la timidité n’est pas une condition permanente. L’affirmation de soi peut s’apprendre », déclare Daniel. La clé est de comprendre le contexte, d’évaluer votre comportement, puis de faire les ajustements appropriés.

Comprendre le contexte

L’affirmation de soi n’est pas universellement considérée comme un trait positif. Avant d’apporter des changements à votre comportement, sachez dans quel contexte vous travaillez. La culture – nationale, régionale ou organisationnelle – valorise-t-elle vraiment la force ? Ou travaillez-vous dans une situation où une approche persuasive et discrète est parfois plus appréciée ? La question de savoir si votre assurance sera récompensée dépend également de votre sexe. Antoine Lambert, avertit que les femmes qui demandent ce qu’elles veulent sont souvent décrites comme « garces et agressives ». « La marge de manœuvre des femmes est plus petite pour ce qu’elles peuvent faire », dit-il. Prenez en compte les implications de votre comportement avant de le modifier.

Évaluez votre niveau d’affirmation de soi

Pour ce faire, vous pouvez soit évaluer votre propre comportement, soit demander l’avis des autres. Daniel Durand vous suggère de vous poser la question : « Êtes-vous prêt à parler à n’importe qui de ce que vous voulez ? » La plupart des gens répondront à cette question avec certaines réserves, ce qui indique la nécessité de surmonter la peur et d’exprimer son opinion plus souvent. Antoine Lambert vous suggère également de faire un « inventaire des succès » pour comprendre si votre style est efficace. Sur une période définie – quelques semaines ou un mois – avant d’entamer une discussion ou une réunion, demandez-vous : « Qu’est-ce que j’attends de cette situation ? Ensuite, il faut évaluer les résultats : « Ai-je obtenu ce que je voulais ? » Cela vous permettra d’établir un bilan de votre réussite et d’indiquer si vous devez adapter votre style.

Il peut être difficile d’évaluer objectivement votre propre comportement. « Le lien entre ce que nous pensons faire et ce que les autres voient est très faible. Souvent, il n’est pas plus grand que le hasard », déclare Mr Durand. C’est pourquoi il peut être utile d’obtenir un retour d’information de la part de collègues de confiance ou de procéder à un examen à 360 degrés.

Fixer des objectifs et s’y tenir

Si vous constatez dans votre évaluation que vous vous retenez dans des situations où vous ne devriez pas, demandez-vous ce que vous ne dites pas et pourquoi vous vous taisez. La prochaine fois que vous vous trouvez dans une situation similaire, répétez au préalable ce que vous allez dire et comment vous allez le dire. Antoine et Daniel vous suggèrent tous deux de vous mettre au défi avec un objectif comportemental précis et limité dans le temps. Par exemple, donnez-vous une semaine pour engager trois conversations difficiles avec des collègues. Ou dites-vous que pendant les deux semaines suivantes, chaque fois que vous participerez à une discussion de groupe, vous parlerez dans les deux premières minutes. « Les changements progressifs ciblés s’ajoutent aux changements réels », explique M. Durand. Si vous y parvenez, fixez-vous un autre objectif et tenez-vous-y. Si ça ne marche pas, ne vous en voulez pas. Essayez-en un autre. « Approchez-le avec une attitude ludique », dit-il.

Construire des relations

Souvent, les gens se retiennent parce qu’ils sont mal à l’aise dans une situation, soit parce qu’ils ne connaissent pas les gens, soit parce qu’ils ont peur de ce que les autres pourraient penser. « Mon expérience avec les personnes réservées et timides est que le contexte relationnel est important pour elles », dit Daniel Durand. C’est pourquoi il peut être utile de connaître les gens en dehors du travail. « Entrez en contact avec des collègues de travail qui ne sont que des connaissances occasionnelles. Socialisez avec vos collègues de manière à faire tomber les barrières ». Si vous êtes à l’aise en société, vous serez peut-être moins enclin à prendre la parole.

Restez fidèle à vous-même

Modifier votre style pour être plus affirmé peut sembler inauthentique, mais ce n’est pas forcément le cas. Vous ne changez pas votre caractère ; vous faites des choix délibérés sur votre comportement. « Ne vous sentez pas obligé de faire preuve de froideur interpersonnelle pour accompagner votre affirmation. N’hésitez pas à faire preuve d’amitié et d’empathie tout en demandant que vos besoins soient satisfaits », déclare M. Durand. Trouvez votre propre style au lieu d’essayer d’imiter les autres. Cela est particulièrement vrai pour les femmes. « Les femmes doivent être conscientes que devenir plus semblables aux hommes n’est pas durable », dit Cox. Il n’est pas non plus nécessaire de s’affirmer davantage dans tous les contextes, tous les jours. « Vous pouvez faire ressortir votre côté compétitif quand c’est utile et vous pouvez faire preuve de souplesse et d’accommodement quand c’est utile », dit Daniel.

Il y a une ligne de limite – sachez quand vous l’avez franchie

Veillez à ce que dans votre quête, vous ne deveniez pas une brute ou une nuisance. Antoine Lambert prévient qu’être trop affirmé est souvent interprété comme de l’auto-promotion ou de l’arrogance. Surveillez l’impact que vous avez sur les autres. « Le coût d’une assertivité excessive ne nous apparaît pas immédiatement. Si vous criez sur une subordonnée, elle peut faire ce que vous lui avez demandé mais elle peut aussi rentrer chez elle et mettre à jour son CV », dit Mr Lambert. Assurez-vous que vos efforts pour pousser plus loin sont bien intentionnés. « L’affirmation de soi est plus appréciée quand elle est au service de l’équipe », dit Antoine.

Principes à retenir

A faire :

– Évaluez votre propre degré d’assertivité et demandez aux autres de vous donner leur avis.

– Fixez des objectifs réalistes pour apporter de petits changements dans votre comportement et tenez-vous y.

– Forgez des relations avec vos collègues en dehors du travail afin de vous sentir plus à l’aise pour parler.

A ne pas faire :

– Supposez que l’assertivité est toujours une bonne chose – le contexte dans lequel vous travaillez et votre sexe sont tous deux importants

– Essayez d’imiter le comportement de quelqu’un d’autre – vous pouvez changer tout en restant fidèle à votre identité

– Surcompenser et devenir agressif – équilibrer l’affirmation de soi et la considération des autres

Étude de cas n° 1 : faire des promesses et les tenir

Laura Moreau est cinéaste et scénariste. Elle travaille dans une industrie dominée par des cadres affirmés et des négociateurs insistants. Laura a connu le succès, réalisant plusieurs films et épisodes télévisés, mais elle se tenait souvent en retrait lors des réunions, disant rarement ce qu’elle avait en tête. Elle disait plutôt ce qu’elle pensait que les autres voulaient entendre. « J’étais une adepte des gens. Je ne voulais énerver personne ni blesser personne », dit-elle.

Lorsque Laura proposait du travail aux producteurs, ils la rabaissaient souvent. « J’avais du travail, mais je n’obtenais pas ce que je valais. » Elle ne blâme personne d’autre qu’elle-même. « Je prenais ce qu’ils offraient parce que j’avais peur d’exiger le prix demandé », dit-elle. Elle avait peur que le projet échoue ou qu’ils trouvent un autre réalisateur. Il est apparu clairement à Laura que cela entravait sa carrière.

Pour changer, elle s’est fait une promesse : si elle quittait une situation sans dire ce qu’elle voulait vraiment, elle devait y remédier dans les 24 heures. Par exemple, lorsqu’elle a quitté une réunion sans dire à son patron qu’un produit n’était pas vraiment prêt, elle s’est forcée à le contacter dans les 24 heures pour lui avouer. Cette pratique s’est avérée payante. Après avoir nettoyé plusieurs de ses dégâts, elle a réalisé qu’il était beaucoup plus facile de s’affirmer dès le départ. « Vivre une vie où l’on dit ce que l’on pense et ressent est tellement plus libérateur que de tout retenir », dit-elle.

Cela a changé sa carrière pour le mieux. « Les gens me respectent. J’ai toujours les mêmes capacités, mais j’ai maintenant plus confiance en moi. Les gens savent que je n’accepterai pas un emploi si je n’y mets pas tout mon cœur et si je ne suis pas bien payée », dit-elle. Et si les producteurs lui demandent de prendre un prix plus bas, elle se défend en disant : « Je ferai un excellent travail pour vous, mais vous devez me payer le prix que je demande ».

Étude de cas n° 2 : Mettez-vous au travail

Pascal Cohen travaillait comme avocat dans un cabinet parisien et détestait son travail. Il a donc engagé un coach personnel pour l’aider à trouver une nouvelle profession. Mais il a vite compris que le problème n’était pas son domaine, mais son cabinet. Son coach l’a encouragé à construire son réseau et à trouver suffisamment de clients pour quitter son travail et ouvrir son propre cabinet. Mais Cohen était timide et peu à l’aise pour aller vers des gens qu’il ne connaissait pas. « J’étais quelqu’un qui se retenait vraiment », dit-il.

Pascal a donc commencé petit. Il s’est engagé à parler de son cabinet d’avocat en herbe à une ou deux personnes chaque jour. Cela s’est avéré plus difficile qu’il ne le pensait. « Je ne voulais pas que mon employeur actuel l’apprenne, alors je devais être particulièrement prudent », dit-il. Et il a eu du mal à participer aux événements de réseautage auxquels il assistait trois ou quatre fois par semaine. Mais comme il ne voulait pas manquer à sa promesse, il s’est vite retrouvé à parler à des étrangers dans le métro ou au restaurant. « Une fois, j’ai parlé à un médecin qui était lui-même entrepreneur et il m’a donné de très bons conseils », dit-il. « J’ai eu des conversations étonnantes ».

Tout cela lui a donné la confiance dont il avait besoin pour quitter le cabinet. « Quand on ne s’affirme pas, on se contente de choses et j’avais une grande tolérance pour être dans des endroits où j’étais malheureux », dit-il. Maintenant, il se sent comme une personne très différente. « Quiconque me connaît maintenant est choqué de découvrir que j’étais timide. Mais ce n’est pas toujours facile. Je dois encore me rappeler de sortir de là », dit-il.